Déshabillons les idées reçues
Les fantasmes… sexuels.

La chronique de Jannick Achour
Psychologue clinicienne, Psychothérapeute, Sexologue

 

Les fantasmes sexuels ou comment booster l’excitation et le désir ?

Que l’on pose la question au sujet des fantasmes et la réponse, si tant est qu’elle puisse s’avouer, sera quasi automatiquement en lien avec la chose sexuelle. Pour autre preuve, il n’y a qu’à se laisser guider sur la toile par les liens entre le mot « fantasme » et les images associées pour se rendre compte que ce sont à des scènes sexuelles que cela renvoie le plus souvent. Fifty Shades Of Grey (5 nuances de gris) étant passé par là depuis.

Alors, qu’est-ce qu’un fantasme sexuel et à quoi sert-il ?

Nous le savons tous, le cerveau, organe sexuel par excellence, est le lieu de tous les possibles, c’est donc en son for que naissent les fantasmes de tous ordres.

Le fantasme sexuel est une représentation mentale consciente se traduisant, le plus souvent, par une image pouvant revêtir l’habit de l’érotisme ou de la pornographie et susceptible de générer de l’excitation sexuelle. Pour le dire simplement, le fantasme sexuel permet de faire l’amour dans sa tête de la manière la plus libre qui soit, en choisissant qui on veut, les positions et le lieu de son choix, d’écrire un scénario qui aura d’autant plus de force qu’il sera transgressif, interdit et contraire à la bien-pensance morale, éducative, culturelle et sociale, quitte à en ressentir de la culpabilité.

Il autorise par la pensée ce que l’on ne peut dans la vraie vie et par l’excitation et le désir qu’il entraîne, il laisse des traces mnésiques de plaisirs ressentis que l’on cherche à retrouver dans l’acte sexuel. Car le comportement sexuel s’étant dissocié peu à peu de la reproduction, c’est la recherche du plaisir qui en est devenu le facteur principal avec sa dimension d’imaginaire érotique.

Qu’on se le dise et répète, fantasmer n’est pas passer à l’acte, et comme il n’est pas interdit de penser, il est fortement conseillé de pouvoir fantasmer seul ou à deux.
Et fantasmer n’est pas le seul fait de l’homme, les femmes aussi ont des fantasmes mais en général, elles sont très pudiques quant à leur révélation.

Pourquoi est-ce important de fantasmer?

L’imaginaire érotique auquel participent les scripts sexuels et les fantasmes est un élément fondamental de l’activité sexuelle et de son épanouissement. Il est une des composantes de la fonctionnalité sexuelle que l’on évalue en consultation, lorsqu’on analyse la vie sexuelle d’une personne, afin de comprendre comment elle s’est construite dans ce domaine.

Les fantasmes commencent à la puberté et préparent à la rencontre sexuelle future, investiguer la dimension fantasmatique est donc important en sexologie afin d’en comprendre les soubassements inconscients. En outre, face à une plainte sexuelle, l’imaginaire érotique figure un facteur important sur lequel s’appuyer pour la résoudre par le biais d’un apprentissage à son développement ou à son enrichissement.

Fantasmer est un amplificateur de désir, d’excitation, de plaisir et d’orgasmes, à fortiori lorsque la libido est en berne. Le fantasme précède le sexuel en permettant d’anticiper une relation intime avec comme réponse sexuelle une lubrification vaginale pour la femme et une érection chez l’homme. La capacité à fantasmer entretient la libido, force la créativité en faisant naître de nouvelles idées, ouvrant le champ des possibles et rendant plus à l’aise dans l’acte sexuel.

Les fantasmes sexuels ou comment booster l’excitation et le désir ?

Fantasmer permet aussi de prolonger la vie sexuelle d’un couple qui serait gagné par l’ennui et la routine sexuels en lui apportant quelques stimulants naturels, fruits de leur imagination respective.
Fantasmer permet enfin de pouvoir rejouer des scènes

Comment développer ou enrichir l’imaginaire érotique?

Si l’imagination seule ne suffit pas à faire venir des images mentales pour provoquer de l’excitation, il suffit de parcourir les rayons des librairies qui regorgent de livres érotiques, de se perdre dans les allées de magasins spécialisés et d’écouter les signes que son corps envoie afin d’identifier les sens qui éveillent le plus d’excitation.

Est-ce le fait de voir, d’entendre, de lire, de sentir, de goûter ?
Ecrire des scenarri en se centrant sur les émotions, les sensations et tout ce qui peut éveiller de l’excitation peut aussi être une source intéressante d’enrichissement de cet imaginaire érotique. Et, pour ce faire, la nature a doté l’être humain du plus bel outil, un cerveau, car oui, la capacité à fantasmer est bien le fait des seuls humains.
Pas facile d’y arriver me direz-vous, c’est l’entraînement à ces rêveries sexuelles qui aide au développement du répertoire de l’imaginaire érotique.

Messieurs, sachez alors que la sexualité devient érotisme grâce à l’imaginaire et au langage. L’érotisme suggère là où le porno montre et se masturber devant un film porno ne permet pas de développer son imaginaire, car l’image est là devant soi, nul besoin de faire venir des représentations.
En revanche, rien n’empêche de faire venir des représentations à caractère érotique et pornographique pendant une masturbation ou un rapport sexuel si cela a un effet amplificateur de désir et d’excitation.

Passer de l’image à l’imaginaire résulte donc d’un apprentissage car cela n’est pas inné.
S’autoriser à divaguer, à lâcher prise pour la rêverie sera d’autant plus un apprentissage pour celles et ceux qui auront reçu une éducation stricte et culpabilisante autour de la sexualité, pour celles et ceux pour qui avoir des fantasmes est honteux, voire anormal. Ne l’oublions pas, la sexualité est toute entière faite de désirs et d’interdits et notre psychisme dispose d’une instance jugeante héritée de notre histoire et de notre construction.

Or, fantasmer est une activité saine et nécessaire qui permet de transgresser les interdits posés par notre inconscient pour vivre une sexualité épanouie car en lien directe avec la réponse sexuelle.
Néanmoins, si le contenu des fantasmes s’éloignent trop des normes en vigueur, s’ils tournent à l’obsession dangereuse, il sera important de consulter un spécialiste afin d’en comprendre l’origine car, pour les psychanalystes, ce sont les désirs refoulés donc inconscients qui s’expriment.

Faut-il dévoiler son jardin secret à sa/son partenaire ?

Pour Anaïs Nin dans son célèbre Vénus Erotica « Le sexe perd tout son pouvoir et toute sa magie lorsqu’il devient explicite ».
Pour les évoquer devant son/sa partenaire, il faut être dans une relation complice, de confiance, dans laquelle la parole circule librement autour de la sexualité. En effet, avouer ses fantasmes à l’autre peut faire peur selon son contenu, peut faire oublier qu’il ne s’agit pas du réel, et réveiller des passions, de la jalousie, un sentiment de trahison, de tromperie, un manque de confiance…

Cela peut être vécu comme un manque de désir pour l’autre, voire un manque d’amour. Cela peut aussi passer pour de la perversion aux yeux de l’autre.
On le voit, le terrain de l’aveu est miné d’explosifs qu’il vaut mieux anticiper au risque de provoquer une déflagration dans le couple.

Faut-il réaliser ses fantasmes ?

Cela dépend de chacun et du fantasme dont il s’agit.
En effet, le fantasme permet de maintenir intact le désir et l’excitation qui lui sont liés, il entretient un manque. Or, réaliser un fantasme peut lui fait perdre de sa superbe érotique et de son pouvoir excitant, voire s’accompagner d’une déception car l’imagination peut ne pas coller à la réalité.

Parler librement d’un fantasme avec son/sa partenaire en toute complicité pour mieux l’explorer dans la réalité peut être stimulant dans une relation, mais attention de ne pas tomber dans l’envie de faire plaisir à l’autre par peur de ne plus être aimé(e), par peur de perdre l’autre.