Déshabillons les idées reçues
Une femme qui ne hurle pas de plaisir n’a pas d’orgasme !

La chronique de Jannick Achour
Psychologue clinicienne, Psychothérapeute, Sexologue

Encore une question qui taraude nombre d’hommes et de femmes sur leur sexualité et qui vient la troubler, celle de la manifestation sonore du plaisir féminin… D’ailleurs, c’est même un sujet d’étude sous l’expression « Female copulatory vocalization » (« Vocalisation copulatoire chez la femme»).

La sexualité féminine, passée d’un registre de procréation à celui de récréation centrée sur le plaisir, se revendique, s’assume, se manifeste… On attend donc des femmes qu’elles expriment aussi haut et fort leur plaisir. Ce qui est sûr, c’est que pendant l’acte d’amour, les femmes ont tendance à s’exprimer là où les hommes répriment. Est-ce à dire qu’elles ressentent plus de plaisir que les hommes ? Aucune image cérébrale ne vient conforter cette hypothèse.

Quelle femme ne s’est jamais posé la question de sa « normalité » parce qu’elle ne criait pas pendant un orgasme ? Doute qui a pu se voir renforcé face à un homme qui, peu sûr de lui, scrute le moment où elle va jouir, pour peu qu’elle y parvienne pendant la pénétration. Ou encore celui qui, préoccupé par son propre plaisir, n’a rien entendu et persuadé que seules les vocalises témoignent d’un accès au septième ciel, va lui demander confirmation de sa jouissance : « Alors heureuse? ».

Car, un plaisir qui ne se ressent pas, ne se voit ou ne s’entend pas, va faire douter l’homme dans ses capacités à faire jouir sa partenaire. En retour, la femme, se sentant dans une obligation d’exprimer bruyamment son plaisir, peut entrer dans une anxiété de performance et adopter une stratégie de simulation pour ne pas le décevoir.

Pourquoi feindre un orgasme si ce n’est donc la pression sociale qui focalise sur les vocalises comme l’expression absolue de l’épanouissement sexuel, renforcé en cela par le cinéma porno dans lequel la femme ne cesse de hurler toujours plus fort pour susciter encore plus d’excitation.
D’aucuns se souviennent de la scène culte du film « Quand Harry rencontre Sally (1989), représentation sonore d’un orgasme simulé par Meg Ryan dans ce qu’il a de plus caricatural, mais qui a eu pour effet de montrer les capacités de simulation des femmes pour se conformer aux attentes des hommes en mal de reconnaissance dans leur performance sexuelle.

 

Résumer cette problématique de crier ou ne pas crier à une question de normalité est un non sens car toutes les femmes ne jouissent pas pendant la pénétration et pour celles qui ont un orgasme, toutes ne l’expriment pas de la même manière. Ce peut être discret, intériorisé, murmuré et même varier d’un moment à l’autre des relations, voire dépendre du climat amoureux.
Donc attendre de toutes les femmes qu’elles hurlent de plaisir serait faire fi de la singularité de leurs désirs profonds, de leur personnalité, leur éducation, leur culture, leur capacité à lâcher prise, à s’abandonner, leur estime de soi. Car la timidité, la réserve, l’introversion, la peur d’être entendue, les diverses inhibitions héritées d’une éducation stricte et rigide, le manque de connaissances et d’expériences sexuelles sont autant de freins à l’expression sonore du plaisir ressenti lors d’un rapport sexuel.

Quitte à vous décevoir Messieurs, sachez que l’intensité des vocalises ne rime pas toujours avec la qualité de la prestation. Elles peuvent être intentionnelles à des fins de manifester attachement ou amour, renforcer le couple, faire plaisir, par peur de vous perdre.
Aussi, pour booster sa propre excitation et la vôtre, renforcer votre ego en vous présentant comme un merveilleux amant. Ou encore pour accélérer la montée orgasmique et favoriser l’éjaculation et ainsi mettre fin à un rapport sexuel, à fortiori si dérangeant ou douloureux, mais aussi par ennui, fatigue, manque de temps, inconfort.

La sexualité ne se réduisant pas à de la technique, pour jouir et exprimer son ressenti, il faut se sentir dans un environnement propice et sécurisant, en lien et en confiance avec l’autre, ne craindre ni le regard ni le jugement, ni la dépendance à la jouissance éprouvée, ni la prise de pouvoir de l’un sur l’autre.
Alors Messieurs, il y a autant de femmes qu’il y a de façons d’exprimer son plaisir et chaque relation est unique, alors pourquoi se camper sur des normes et des attentes.
Si seulement vous vous détendiez et arrêtiez de vous focaliser sur l’expression de notre jouissance comme la mesure de votre performance sexuelle au lieu de vous concentrer pleinement sur votre ressenti ou le simple plaisir de la relation, cette lancinante question ne s’inviterait plus sous la couette.