Déshabillons les idées reçues
L’orgasme simultané : mythe ou réalité ?

La chronique de Jannick Achour
Psychologue clinicienne, Psychothérapeute, Sexologue

Lorsque l’on tape « Comment jouir en même temps que son partenaire ? » dans Google et que l’on regarde le nombre d’entrée dans la barre de recherche, on a une bonne idée de l’importance que revêt cette quête. Plus d’un français sur 3 en rêve, pensant que monter au 7ème ciel ensemble serait le garant d’une relation sexuelle réussie.
Certes, la mélodie est encore plus agréable à entendre lorsque les partenaires jouissent de concert. Mais cela reste un air plutôt rare même si c’est possible, pourvu que l’homme puisse retarder le moment de son éjaculation et que la femme atteigne son pic de plaisir plus rapidement.

Peu nombreux sont ceux qui vivent cette expérience, mais ce sont eux que l’on érige en norme. Cette croyance a pour conséquence de créer des difficultés là où il ne devrait pas y en avoir, en stigmatisant les hommes éjaculateurs rapides et les femmes qui peinent à jouir sur commande. Et pourtant, si l’on s’intéresse à la physiologie de la réponse sexuelle chez l’homme et la femme, il est aisé de comprendre pourquoi les violons sont difficiles à accorder.

Rappelons que l’érection, témoin de l’excitation chez l’homme, arrive beaucoup plus rapidement que chez la femme pour laquelle elle est progressive et nécessite, en général, des préliminaires (2 min versus 20 min.). De même, l’éjaculation, porte d’entrée du Nirvana dans la plupart des cas, est un réflexe chez l’homme. Il parvient donc à un orgasme 4 fois plus vite que la femme pour laquelle des stimulations clitoridiennes seront nécessaires afin qu’elle accède à la jouissance lors d’une pénétration vaginale. Et afin de comprendre en quoi la stimulation clitoridienne est nécessaire à l’obtention d’un orgasme, rappelons aussi que le gland du clitoris contient près de 8000 terminaisons nerveuses, c’est dire s’il est sensible, et qu’il se prolonge sur près de 11 centimètres à l’intérieur du vagin.

Un autre élément de cacophonie d’un concerto à deux voix est que, le plus souvent, les relations sexuelles s’arrêtent dès que l’homme a éjaculé alors que la femme a tout juste commencé à sentir monter son excitation, créant par là de la frustration si le rapport ne se prolonge pas par des caresses.
Ainsi, jouir à l’unisson nécessite une bonne dose d’expérience pour que l’homme sache parfaitement gérer son excitation et refouler l’éjaculation lorsqu’elle manque de se produire, une pincée de connaissances des réactions de l’autre, quelques grammes d’une communication libre et aisée entre les partenaires afin qu’ils s’expriment sur leur niveau d’excitation, induisant par là une participation active de la femme qui ne doit pas tout attendre de son homme. En outre, jouir de manière synchrone demande une bonne mesure de créativité pour varier les caresses, les positions, les rythmes… En bref, de disposer d’un large répertoire de pratiques, voire d’agrémenter le plat de boosters de plaisir.

Mais si l’on arrêtait de focaliser sur l’orgasme à tout prix, à fortiori simultané, comme la seule expression de l’amour absolu, réussi ? Ne serait-ce pas là la meilleure recette pour l’atteindre ?