Déshabillons les idées reçues
Réhabilitons……la masturbation !

La chronique de Jannick Achour
Psychologue clinicienne, Psychothérapeute, Sexologue

Tel pourrait être le slogan d’une manifestation organisée pour libérer la parole autour de ce gros mot, parent caché et honteux de la sexualité humaine.

Selon le Dr Thomas Szasz :
Alors que la sexualité inonde les medias, le plaisir solitaire, lui, continue d’être tu et relégué au rang des comportements cachés et vicieux, traînant derrière lui son cortège de fausses croyances telles que « se masturber rend sourd, débile… » à tel point que, pendant deux siècles, cet acte a été diabolisé.

Ce n’est que récemment que la pratique solitaire a été publiquement admise au rang des fantaisies sexuelles normales avec l’essor de l’industrie des sex toys. Néanmoins, bien que très peu représentées au cinéma, certaines séries commencent à l’ériger en temple de la vertu en montrant des scènes de masturbation ou en évoquant son existence à tous âges, qu’il s’agisse de Sex and the City, Girls, Master of Sex ou encore Grace et Frankie.

Pour Woody Allen « se masturber, c’est faire l’amour avec la personne qu’on aime le plus au monde ».

Etymologiquement, se masturber vient du latin « manus stuprare» se polluer, se souiller avec les mains, se donner du stupre, d’où l’expression de pollution nocturne pour évoquer l’éjaculation nocturne.

Si la masturbation est considérée comme normale et facilement avouée chez les hommes, elle reste un secret pour la grande majorité des femmes et dans tous les cas, persiste la honte du regard social et la peur d’être découvert.

la masturbation est un élément central de la construction de la sexualité

Selon les études, 87% des hommes français y auraient recours régulièrement contre 68% des françaises (au moins une fois) et ce chiffre tombe à moins de 30% si l’on rajoute « régulièrement » à la question de la fréquence de cette pratique.

Et pourtant, la masturbation est un élément central de la construction de la sexualité en permettant l’apprentissage du corps et de ses réactions. C’est une pratique que l’on retrouve déjà in utero, des échographies montrant des foetus se touchant le sexe. Plus tard, lorsque l’enfant est nu, c’est de manière fortuite qu’il va découvrir le plaisir des attouchements lors d’une rencontre entre sa main et ses organes génitaux, ce qui va entraîner un plaisir qui va organiser la découverte, l’apprentissage et l’apprivoisement de ses réactions sexuelles.

Chez l’enfant pubère, la masturbation est dénuée de tous fantasmes érotiques mais c’est elle qui conduit à la première éjaculation chez le garçon et au premier orgasme chez la fille. C’est parce que cette zone est touchée depuis l’enfance qu’elle en devient une zone érogène fonctionnelle.

“Masturbation: the primary sexual activity of mankind.
In the nineteenth century it was a disease; in the twentieth it’s a cure » (« Masturbation : l’activité sexuelle primaire de l’humanité. Au XIXème siècle,
c’était une maladie, au XXème siècle c’est un remède »).

Fantaisie sexuelle normale…

Ce n’est que récemment que la pratique solitaire a été publiquement admise au rang des fantaisies sexuelles normales avec l’essor de l’industrie des sex toys. Néanmoins, bien que très peu représentées au cinéma, certaines séries commencent à l’ériger en temple de la vertu en montrant des scènes de masturbation ou en évoquant son existence à tous âges, qu’il s’agisse de Sex and the City, Girls, Master of Sex ou encore Grace et Frankie.

Mais la masturbation entraîne diverses réactions de la part des parents allant de la pédagogie à la coercition, source de difficultés potentielles à l’âge adulte. Il appartient donc aux parents de dédramatiser tous gestes masturbatoires chez un enfant.

La masturbation est un acte naturel qui n’a ni âge, ni genre, ni orientation sexuelle. Elle n’est pas non plus le seul fait des êtres humains. Qui n’a jamais subi les assauts d’un chien frottant son sexe sur une jambe ?

La masturbation n’est pas l’apanage des « solos », elle est également une pratique à deux. Certains couples intègrent la masturbation mutuelle dans leurs jeux sexuels et dans certains cas elle peut faire office de contraception ou alors de « safe sex ». Quoi qu’il en soit, elle est le moyenle plus sûr d’arriver à l’orgasme et a des vertus « pédagogiques » d’initiation pour découvrir et améliorer sa propre sexualité, seul ou à
deux.

des vertus thérapeutiques…

Le plaisir solitaire a également des vertus thérapeutiques. En effet, l’orgasme active le circuit de la récompense libérant ainsi de la dopamine, l’hormone du plaisir qui conduit à une baisse des tensions et du stress. Cela libère aussi d’autres endorphines qui diminuent la sensation de douleur. Et comble de tout, l’amour avec soi permet pour
certains d’aller rejoindre Morphée dans un état de détente absolue.

En outre, certaines études ont montré que chez les hommes, la masturbation activait les composantes du système immunitaire en augmentant le nombre de globules blancs dans le sang. Une pratique régulière aurait même pour vertu de réduire le risque de cancer de la prostate par le seul fait d’éjaculer fréquemment. Là où certains y verraient un gaspillage de semences et d’énergie, voire taxeraient de passifs les hommes qui se masturbent (d’ailleurs ne dit-on pas de celui qui ne fiche rien qu’il est un branleur ?), d’autres, que l’on pourrait qualifier de théoriciens de l’évolution, avancent l’idée que la masturbation serait une stratégie du mâle permettant d’évacuer les spermatozoïdes de mauvaise qualité, laissant ainsi les plus jeunes et vigoureux pour la fécondation.

La masturbation permet, par la contraction réflexe des muscles pelviens liés à l’orgasme de les renforcer, d’améliorer la performance et d’éviter ainsi les effets du vieillissement
et du relâchement musculaire.

Enfin la masturbation sollicite l’imaginaire érotique et permet de laisser libre cours à ses
fantasmes et transgressions des interdits.

Alors la masturbation….normale ou pathologique ?

La frontière se mesurera à l’aune de la consommation que l’on en fait, comme tout ce qui donne du plaisir pouvant mener à la dépendance et au trouble sexuel. Ce qui pourra être considéré comme hors norme sera une absence totale de comportements masturbatoires ou une apparition tardive de la pratique.

Alors, la masturbation… oui, oui, oui, pour l’homme comme pour la femme.

Mais si elle est bénéfique pour la santé physique et mentale, il ne faut point en abuser et surtout en varier les techniques car l’habitude d’une seule et même façon de se
masturber peut entraîner une insensibilité à d’autres types de stimulation, ce qui peut
conduire à un trouble sexuel (excitation, érection, orgasme).