Déshabillons les idées reçues
Quand rien ne sort…

La chronique de Jannick Achour
Psychologue clinicienne, Psychothérapeute, Sexologue

Tout le monde connaît le mot éjaculation…mais alors quid de l’anéjaculation ?
Dès qu’un mot commence par le préfixe « a » …humm… c’est mauvais signe car ça témoigne d’une privation ou d’un manque. Et pour cause, l’anéjaculation est bien l’absence d’émission de sperme censée mettre fin au rapport sexuel.

L’anéjaculation est un trouble sexuel bien moins connu que l’éjaculation prématurée, au point qu’il ne représente que 42000 entrées sur Google, là où le mot éjaculation en représente 32 millions.
L’éjaculation a toujours fait couler beaucoup d’encre dans les médias car source de nombreux fantasmes. Ce liquide qui pénètre l’autre est à la fois source de la vie qu’il peut engendrer, mais aussi source de « mort » par les maladies qu’il peut entraîner.

C’est le cinéma pornographique qui l’a glorifiée, vénérée, admirée en la mettant en scène par des jets de sperme sur le visage ou le corps de partenaires féminines, tel un volcan crachant sa lave depuis le ventre de la Terre, ce qui a pu en complexer quelques uns… C’est encore la pornographie qui a fait qu’érection et éjaculation exercent une fascination sur la puissance de l’homme et que, quantité de semence et force du jet soient associées à la performance masculine.
Avant cette médiatisation, l’éjaculation n’avait d’intérêt que par le pouvoir de reproduction qu’elle revêtait. Alors qu’aujourd’hui, l’éjaculation d’un homme est un critère de satisfaction.

Si l’éjaculateur précoce est stigmatisé, le fait qu’un homme ne puisse aller jusqu’au bout peut être interprété par certaines comme étant un super amant car sa particularité aurait le mérite de faire durer le rapport et ainsi d’offrir la possibilité d’avoir un ou plusieurs orgasmes. A contrario, cela peut aussi être vécu par la partenaire comme un manque de désir ou d’excitation. Alors, les raisons qui pousseront un homme à consulter pour ce trouble seront surtout liées à des questions d’infertilité, d’anorgasmie, ou encore à des conflits relationnels.
Si l’absence d’éjaculation peut devenir un motif de consultation, comme tous les troubles sexuels, il convient d’abord d’éliminer une cause organique avant d’invoquer d’autres causes qui peuvent être multifactorielles.

Ce qui fera la différence entre organique et psychologique, ce sera l’existence d’éjaculation résultant de rêves érotiques pendant la nuit, appelée communément pollutions nocturnes, également la capacité éjaculatoire lors de masturbations ou de pouvoir éjaculer avec certaines femmes et pas d’autres, ou encore dans certaines situations seulement. Sinon, cela peut arriver à tout homme jeune, de manière occasionnelle, selon sa personnalité, les circonstances ou la qualité relationnelle. Cela arrive plus fréquemment chez l’homme plus âgé pour qui l’éjaculation est moins rapide et aussi moins abondante.

Les causes organiques résultent souvent d’interventions chirurgicales (prostate, voies urinaires) et dans ce cas l’éjaculation peut se faire à l’arrière dans la vessie, c’est alors une éjaculation rétrograde. Des troubles neurologiques ou hormonaux, le diabète ou la prise de certains médicaments ou substances peuvent aussi entraîner une absence d’éjaculation.

L’anéjaculation d’origine psychogène peut être une solution punitive ou préventive, liée à un manque de lâcher prise, des peurs inconscientes de souiller sa partenaire, peurs d’une
grossesse potentielle, ou tous autres problèmes comme un manque d’intérêt pour la sexualité, un manque d’excitation, de désir, besoin d’un seuil élevé de stimuli sexuels, un problème d’orientation sexuelle, la découverte d’une infidélité, un conflit avec la partenaire, mais aussi trop de masturbation avec éjaculation et l’impossibilité de retrouver la même sensation dans le vagin, ou encore le stress, ou tout ce qui peut interférer avec l’éjaculation d’un point de vue croyances.

Que veut dire l’homme qui ne peut donner son sperme à l’autre ? L’autre mérite- t’elle sa semence ? A-t’il peur de perdre quelque chose de lui-même, de se perdre dans l’autre ? A quelle charge symbolique le sperme est-il lié ? etc…
On ne le répétera jamais assez, la sexualité humaine est complexe et plutôt que de s’enfermer face à un trouble, Messieurs, n’hésitez pas à consulter un médecin, un sexologue, afin d’en déterminer précisément les causes.