Infertilité
50% des cas sont d’origine masculine

Professeur Thomas Freour
CHU de Nantes – Service PMA

L’infertilité est définie par l’incapacité d’un couple à obtenir une grossesse après environ 1 an de rapports sexuels réguliers non protégés, et concerne 15% des couples en âge de procréer. Les causes de l’infertilité sont variées, et peuvent être classées selon leur origine. On distingue ainsi les infertilités d’origine féminine, masculine, mixte ou inconnue. L’infertilité masculine est présente dans plus de 50% des cas, isolée ou en association avec des facteurs féminins. Parmi les principales causes d’infertilité masculine, on retrouve les troubles sexologiques (érectiles, éjaculatoires) et les altérations de la production des spermatozoïdes.

Les troubles sexologiques peuvent participer à l’infertilité du couple. Chez l’Homme, certains médicaments, le diabète, le tabac, l’alcool, certaines malformations génitales et de nombreux facteurs psychologiques peuvent être incriminés. Même s’il n’existe pas de solution miracle, les médecins ont désormais à leur disposition certains traitements pour remédier à ces difficultés, associés à un suivi spécialisé si besoin.

 

Est-ce que les spermatozoïdes sont de moins en moins nombreux et de plus en plus paresseux ?

La question revient de plus en plus souvent dans les médias, reprenant parfois sous forme alarmante des informations scientifiques plus nuancées. Il n’en reste pas moins vrai qu’une tendance à la diminution de la quantité des spermatozoïdes a été observée au cours des 40 dernières années. Ces données scientifiques sont à interpréter avec prudence, mais s’inscrivent dans un contexte général d’augmentation de la fréquence des anomalies génitales observées à la naissance chez les petits garçons et des cancers testiculaires chez les jeunes hommes adultes.
L’explication de cette évolution est mal connue, mais les soupçons se portent sur les perturbateurs endocriniens, ces molécules largement présentes dans notre environnement et notre alimentation, et qui vont perturber le fonctionnement des hormones masculines, dès la vie fœtale. Néanmoins, pas de panique, l’Humanité n’est pas en péril immédiat, et l’Assistance médicale à la procréation ne va pas devenir le seul moyen de se reproduire d’ici la fin du siècle…

Fort heureusement, la conception « sous la couette » représente toujours 97% des naissances et a encore de beaux jours devant elle !

Les traitements de l’infertilité masculine sont nombreux et variés, mais malheureusement la majorité de ces traitements ne sont pas validés scientifiquement, en dehors de cas très particuliers nécessitant un traitement antibiotique, chirurgical ou hormonal. Un traitement chirurgical est parfois proposé pour le varicocèle, qui correspond au développement de varices autour des veines entourant les testicules et peut perturber la spermatogénèse chez certains hommes. La chirurgie peut aussi être proposée dans les cas d’obstruction des voies génitales.
Certains déficits hormonaux rares aboutissant à une altération de la fertilité masculine peuvent être corrigés transitoirement par l’administration d’hormones. Il est important de noter que la prise de testostérone (ou stéroïdes anabolisants) entraîne rapidement une infertilité masculine. Les nombreux suppléments vitaminiques, compléments alimentaires et cocktails anti-oxydants disponibles sur le marché ne sont bien sûr a priori pas dangereux, mais leur effet bénéfique sur la fertilité masculine restera au mieux modeste, comme l’ont démontré de nombreuses études scientifiques sérieuses.

En revanche, le respect des règles hygiéno-diététiques de base apporte un plus certain pour la santé des hommes en général, et pour leur fertilité en particulier.

On évitera donc une alimentation déséquilibrée, le surpoids, le tabac, le cannabis, l’alcool régulier ou encore le café en grande quantité. Les troubles du sommeil et le stress influent aussi négativement sur la fertilité masculine, alors que l’exercice physique régulier (sans excès) est bénéfique. Un autre aspect méconnu impactant la fertilité masculine est l’exposition à la chaleur. Pas besoin d’imaginer un métallurgiste travaillant devant un fourneau chauffé à blanc, le simple fait de porter des sous-vêtements serrés et surtout de rester assis de façon prolongée suffit à exposer à un risque de baisse de production spermatique. La mort du slip ? Non ! Mais les travailleurs assis (chauffeurs par exemple) doivent être vigilants.

Enfin, un des moyens les plus « agréables » de maintenir la fertilité masculine reste l’activité sexuelle régulière.
Loin d’épuiser le fonctionnement testiculaire, les rapports réguliers améliorent au contraire la qualité des spermatozoïdes. Un bon moyen d’augmenter les chances de grossesse du couple !