Prostate: tout comprendre

La chronique de Jannick Achour

Psychologue clinicienne, Psychothérapeute, Sexologue

Pour ceux qui ne connaissent pas l’événement « Movember » (néologisme issu de la contraction de moustache et de novembre car il se déroule en général en novembre), il représente un moment de sensibilisation du grand public aux cancers masculins dont celui de la prostate qui est le plus fréquent chez l’homme.

 

A quoi sert la prostate et en quoi elle intéresse le domaine de la sexualité ?

 

La prostate est un organe de la taille d’une noisette, situé juste sous la vessie et entourant l’urètre, le canal qui sert à uriner. La prostate est elle-même entourée de bandelettes nerveuses qui envoient les informations du cerveau au pénis.

 

La prostate appartient au système de reproduction car elle sert à fabriquer le sperme et à le liquéfier pour permettre l’éjaculation grâce à une protéine appelée Psa.

 

Cet organe va peu à peu grossir chez l’homme vieillissant, gênant ainsi l’évacuation de l’urine par compression de l’urètre. Cet élargissement est dans la plupart des cas bénin, il s’agit alors d’une Hypertrophie Bénigne de la Prostate qui va entraîner quelques symptômes d’obstruction du type débit urinaire lent, en saccades, une miction incomplète et des réveils nocturnes. La miction étant incomplète, il va donc y avoir rétention de l’urine dans la vessie qui pourra avoir pour conséquences des infections urinaires, une prostatite, des calculs…

 

Quelle est alors la différence entre une HBP (Hypertrophie Bénigne de la Prostate) et un cancer de la prostate ?

 

C’est l’endroit de l’organe qui va augmenter de volume qui fera la différence. Comment donc savoir si l’homme est porteur de ce cancer car dans la plupart des cas, c’est une maladie muette sans symptôme ? Seul le médecin pourra faire un diagnostic à l’aide d’un toucher rectal pour atteindre et évaluer la densité et la grosseur de l’organe, un prélèvement sanguin pour mesurer le taux de PSA qui, ne l’oublions pas augmente avec l’âge et la taille de la prostate, et peut témoigner d’autres problèmes qu’un cancer. Plus facile à dire qu’à vivre, il paraît inutile d’angoisser à la simple lecture d’un taux de PSA élevé qui s’interprète à la lumière de nombreux autres facteurs (âge, antécédents familiaux directs) et des résultats d’autres examens (échographique, biopsie) si besoin.

 

Mais si le couperet tombait et qu’il s’agissait bien d’un cancer de la prostate ? Il  existe de nombreux traitements et, dans la très grande majorité des cas, ce n’est pas de cette maladie que les hommes meurent, et ce n’est pas non plus le cancer qui altère la qualité de vie sexuelle. Ce sont hélas les traitements qui entraînent une dysfonction érectile associée parfois à une incontinence urinaire pour les principaux effets secondaires. Que ces traitements soient chirurgicaux, radio thérapeutiques, hormonaux ou autres, tous affectent la qualité de l’érection (comparativement à celle préexistante avant la maladie) et l’éjaculation. En effet, la chirurgie (ablation de la prostate) et les rayons entraînent des troubles de l’érection, certes transitoires et plus ou moins longs, en abîmant les bandelettes vasculo-nerveuses qui entourent la prostate et qui vont du cerveau au pénis.

 

L’hormonothérapie, quant à elle, entraîne en plus un trouble de la libido car ce traitement bloque la testostérone qui sert à la fois à ressentir du désir mais est aussi l’aliment essentiel du cancer qui s’en nourrit pour proliférer. Il existe également un traitement moins invasif qui consiste en une surveillance active avec observation et dosage du PSA régulier, mais cela peut générer du stress et de l’anxiété  chez certains hommes qui auront du mal à vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de leur appareil génital. Dans une très faible proportion (moins de 4% des cas), le cancer de la prostate n’est pas une maladie mortelle car dépistée en général à un stade très précoce, c’est la « tortue des cancers » car elle évolue très lentement, mais son traitement entraîne avec lui un cortège de désagréments physiologiques, psychologiques, fonctionnels… en affectant la sexualité de l’homme, et par ricochet la femme et le couple.

 

Que faire pour tenter de recouvrer une qualité de vie sexuelle satisfaisante sans attendre la fin des traitements ?

 

Car la récupération de la qualité érectile peut être longue… jusqu’à deux ans. En premier lieu, ne pas se terrer en se disant que la sexualité est accessoire au regard de l’importance des décisions à prendre quant au choix du traitement. Il ne s’agira pas non plus de se précipiter dans une consultation de sexologie sitôt après l’annonce qui, en général, assomme quiconque entend le mot cancer, mais très vite après avoir décidé du traitement et pris connaissances des conséquences. En effet, il apparaît que de se faire accompagner précocement par des spécialistes dans la réhabilitation pénienne ait de meilleurs résultats sur la reprise d’une vie sexuelle épanouie.

 

La santé sexuelle fait partie intégrante de la qualité de vie en général et cette maladie qui touche à l’intime, au génital, affecte en premier lieu l’estime de soi, la confiance en soi, l’identité masculine et jette un voile sur le devenir en tant qu’homme, à fortiori s’il est célibataire. C’est pourquoi il est important de pouvoir mettre des mots sur ses peurs et ses ressentis, ses fausses croyances tout au long des traitements, en impliquant à chaque étape la /le partenaire.

 

Rappelons qu’il existe de nombreux traitements facilitateurs des érections

Non pas forcément en vue d’une pénétration, mais pour permettre à l’homme de ré apprivoiser sa fonction érectile, peut-être seul dans un premier temps, afin que les nerfs engourdis se remettent progressivement en marche sans attendre la fin des traitements. L’homme devra également faire l’expérience des orgasmes qui ne s’accompagneront plus forcément d’éjaculation, ou alors d’éjaculation rétrograde avec émission de sperme dans la vessie ce qui troublera ses urines, voire une éjaculation avec un peu d’urine ou de liquide pré-éjaculatoire… Il y aura donc un avant et un après traitement du cancer en termes de sensations et de réponse sexuelle que l’homme devra découvrir et accepter en renonçant à ce qu’il était dans sa sexualité d’avant la maladie.

 

Mais si l’on considère la sexualité suivant le seul modèle désir – érection – pénétration – éjaculation, alors pour sûr la maladie avec les troubles érectiles qui l’accompagne va entraîner son lot d’anxiété, de stress, de frustration, de rancoeur, de ressentiment et autre culpabilité, pour peu que la qualité relati onnelle soit déjà entamée par des conflits antérieurs.

 

Si tant est qu’il y ait de l’amour, un désir vivace au sein du couple, une bonne entente et une vraie compréhension, le couple devra réinventer sa sexualité en se détournant du culte de la performance pour s’orienter vers plus de tendresse, de sensualité et de complicité afin de maintenir son intimité. La pulsion sexuelle restant préservée (sauf dans le cas du traitement par suppression de la testostérone), la capacité orgasmique intacte même sans érection et la sensibilité pénienne également, le couple devra trouver un nouvel équilibre une fois la continence maîtrisée, l’érection et la confiance en soi recouvrées.

 

Mais la guérison prend du temps et comme dirait notre cher Lafontaine « patience et longueur de temps font plus que force ni que rage ». C’est pourquoi l’entente avec le / la partenaire, le soutien, l’échange, la communication sur les besoins, les attentes réalistes sont le ferment du retour à une sexualité satisfaisante car cette dernière ne sera plus comme avant, mais différente, ce qui ne veut pas forcément dire moins bien.